Retour
OSM Accessibility

E-commerce : comment rendre son site accessible ?

La loi pour une République numérique promulguée en 2016 est venue étendre le champ d’application des standards d’accessibilité à certaines entreprises du secteur privé. Si tous les e-commerçants ne sont pas concernés par cette loi, tous ont intérêt à ce que leur site soit accessible à tous les utilisateurs. Voici comment procéder.

Pionniers en la matière, les États-Unis se sont dotés d’un texte dès le début des années 1990 avec l’ADA (Americans with Disabilities Act of 1990), qui oblige l’ensemble des entreprises ayant un site web à le rendre accessible en termes de design et de fonctionnalités, y compris aux personnes en situation de handicap. Le cadre légal français n’est pas aussi contraignant. La loi du 7 octobre 2016 pour une République numérique a étendu le périmètre de ces obligations, qui jusque-là s’appliquaient uniquement à la sphère publique, à certaines entreprises privées : celles ayant une mission de service public et celles dépassant un certain seuil de chiffre d’affaires (qui sera fixé par décret, pas encore publié à ce jour).

Toutefois, ce n’est pas le défaut d’accessibilité en soi qui est sanctionné, mais le défaut de publicité d’un éventuel manque d’accessibilité, et qui peut faire l’objet d’une sanction financière. Pour les entreprises entrant dans le champ d’application de la loi de 2016, trois documents doivent pouvoir être fournis en cas de manquement, sous peine d’amende :

  • une déclaration de conformité au RGAA décrivant le niveau de conformité et justifiant les non-conformités
  • un schéma pluriannuel d’accessibilité sur 3 ans pour indiquer la politique qui sera menée sur le sujet
  • le plan d’action annuel en cours découlant du schéma pluriannuel.

Cette amende, pouvant monter jusqu’à 25 000 euros, peut être reconduite annuellement aussi longtemps que le manquement n’est pas corrigé. En parallèle, il faut savoir qu’un design ou une fonctionnalité non accessible à des personnes handicapées font encourir un risque de sanction pénale, sur le fondement de la discrimination. Enfin, le risque plus global pour un e-commerçant est celui d’empêcher tout simplement les utilisateurs de naviguer sur son site, entraînant la fuite de potentiels clients. Car le respect des bonnes pratiques en matière d’accessibilité bénéficiera à l’ensemble des utilisateurs.

Se référer au RGAA

Le référentiel général d’accessibilité pour les administrations (RGAA) est le seul texte à ce jour qui encadre l’accessibilité des contenus numériques. Ses trois documents constitutifs (l’introduction, le guide d’accompagnement, le référentiel technique) sont juridiquement opposables, c’est-à-dire que leur non-application constituent des infractions à la loi.

Il se définit comme un « référentiel de vérification du respect des standards internationaux WCAG 2.0 [ayant] pour objectif de proposer des critères et des tests vérifiant que les règles d’accessibilité sont respectées ». Le RGAA propose une méthodologie pour vérifier la mise en œuvre des standards internationaux d’accessibilité et présente les recommandations permettant de rendre accessibles les contenus numériques aux personnes aveugles et malvoyantes, sourdes et malentendantes, ayant des troubles de l’apprentissage, des limitations motrices ou cognitives, de la photosensibilité… Il se réfère directement aux WCAG (Web Content Accessibility Guidelines), recommandations publiées par l'organisme de normalisation du W3C.

Solliciter ses utilisateurs

« Rendre son site accessible, ce n’est pas « coder en braille ». Tout part de la prise de conscience que les utilisateurs ont des besoins différents », rappelle Olivier Nourry, consultant et formateur en accessibilité numérique, qui recommande aux e-commerçants de commencer par interroger leurs utilisateurs, afin de recenser et comprendre leurs besoins. C’est ce qui permettra d’en tirer des pistes d’amélioration concrètes, comme par exemple, faire contribuer des utilisateurs qui ne voient pas afin de repenser l’utilisation de la vidéo sur son site. « Si quelque part sur mon site, la vidéo est le seul moyen de transmettre une information, c’est un problème. Tout comme les images et la mise en forme, qui si elles ne peuvent pas être vues, ne permettront pas de transmettre correctement l’information. L’avantage de se référer à des textes comme les WCAG c’est ce qu’ils formulent des recommandations qui partent toutes d’un besoin. Ainsi, on sait qu’il faut fournir la même information sous forme visuelle et textuelle, ou auditive et visuelle… », résume Olivier Nourry.

Se faire accompagner

La complexité de se conformer aux règles sur l’accessibilité, c’est que l’ensemble de la chaîne de fabrication d’un site est impliquée : équipes contenu, graphistes, intégrateur… et ce, à différents moments de la vie d’un site (création, refonte…). Il est donc hautement recommandé de se faire accompagner par des experts, ce bien en amont du projet, dès l’établissement des maquettes, pour éventuellement écarter des idées qui ne seraient pas compatibles. Ensuite, des jalons sont placés dans le projet, propres à l’accessibilité, pour les spécifications, le code, le guide de style… Sur le modèle suivant :

  • Analyse des maquettes
  • Analyse des spécifications fonctionnelles et techniques
  • Formation des équipes de contenu
  • Formation des équipes externes (agence, intégrateur)
  • Accompagnement tout au long du développement et lors des tests
  • Audit menant à la déclaration d’accessibilité du site

Faire son maximum

« Quand on souhaite se conformer aux standards d’accessibilité, il ne faut pas chercher à viser la perfection, c’est impossible sur un objet aussi mouvant qu’un site web, tempère Olivier Nourry. Mais grâce à cet audit, un e-commerçant pourra au moins attester de sa démarche et de sa bonne foi ». L’accessibilité relève donc de l’obligation de moyen. Ainsi, même si le pourcentage de conformité est modeste, il prouve qu’il y a eu au moins une prise en compte de ces règles et qu’un travail a été amorcé. « On peut avoir des carences, mais dans ce cas il faut s’assurer que les utilisateurs auront un moyen de contact pour faire remonter leurs difficultés à utiliser le site », conseille l’expert.

En effet, il sera très difficile de s’assurer de la conformité de contenus anciens ou archivés, mais si un utilisateur en fait la demande, alors le e-commerçant devra être en mesure de répondre à son besoin. Par exemple, passer une commande à la place de la personne, proposer un produit via un autre site si l’on est une marketplace, ou encore proposer une transcription écrite de ses vidéos, moins coûteuse que l’audiodescription. « L’essentiel est de ne pas laisser ses utilisateurs sans solution, de faire l’effort de chercher des contournements, voire d’agir au cas par cas », prévient Olivier Nourry. Car proposer une expérience d’achat qui soit accessible à tous, avec les mêmes conditions que pour tout client valide, relève du fondement même du commerce, à savoir permettre à ses clients d’acheter ce que l’on vend.